Nos poésies
Au conditionnel
Si je savais écrire je saurais dessinerJean Tardieu
Si ...
Si la sardine avait des ailes,Jean-Luc Moreau
La lune se couchait
La lune se couchait, pâle,
Sur son édredon d’étoiles.
Le jour riait dans sa barbe
D’herbe longue et de rhubarbe.
Son balai d’or à la main,
Le soleil lavait le monde
A grande eau dans le matin.
La terre rêvait dans l’ombre.
Pas une personne encor
Ne se montrait au-dehors.
Des volets s’ouvraient sans bruit.
Et, seule, une tourterelle
Encore engourdie de nuit
Faisait roucouler le ciel.
Maurice Carême
Ballade à la Lune
Mélancholia
Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! »
Victor Hugo
La guenon, le singe et la noix
Une jeune guenon cueillitJean-Pierre Claris de FLORIAN
Le glouton
A son souper un glouton,Jean de La Fontaine - 1665
L'enfant et les noisettes
Un jeune enfant, je le tiens d'Épictète,Antoine Houdart de la Motte, 1719
Le laboureur et ses enfants
Travaillez, prenez de la peine :Jean de La Fontaine
Le Lion et le Rat
Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :Jean de La Fontaine
La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf
Jean de La Fontaine
Il a neigé
François Coppée
La neige tombe
Jean Richepin
La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.
Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.
Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.
Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.
Guy de Maupassant
La ronde des mois
Janvier prend la neige pour châle ;
Février fait glisser nos pas ;
Mars de ses doigts de soleil pâle,
Jette des grêlons aux lilas.
Avril s'accroche aux branches vertes ;
Mai travaille aux chapeaux fleuris ;
Juin fait pencher la rose ouverte
prés du beau foin qui craque et rit.
Juillet met les œufs dans leurs coques
Août sur les épis mûrs s'endort ;
Septembre aux grands soirs équivoques,
Glisse partout ses feuilles d'or.
Octobre a toutes les colères,
Novembre a toutes les chansons
Des ruisseaux débordant d'eau claire,
Et Décembre a tous les frissons.
Rosemonde Gérard
Tout grelottant et tout nu
Nouvel an ! Sois le bienvenu !
Peut-être as-tu deux fils de laine
Pour la pauvre Madeleine ?
Un grain de blé pour le champ
Du vieux paysan ?
sans doute as-tu un peu de bien
Un peu de riz pour l'indien ?
Et cachée sous ta mante brune
La pierre de Lune ?
Pour le Désert la moitié
D' une goutte ... d' une goutte ...
Et pour le monde entier
Qui t' écoute ... qui t' écoute ...
Du nord au sud, de branche en brin
De l' Amour ... un brin.
Tout grelottant et tout nu
Nouvel an ! Sois le bienvenu !
Maud Elisa Givaudan
Bonne année
Tristan Derème
Le père noël est mécontent
Le père Noël est mécontent
Ca fait bientôt plus de 1000 ans
Que nul jamais près de ses bottes
N'a mis la moindre papillote
Depuis que Noël est Noël
On n'offre rien au père Noël
Une souris dans son placard
Voyant qu'il avait le cafard
Téléphona en Amérique
Au Président d'la République
(voix de la souris)
Depuis que Noël est Noël
On n'offre rien au père Noël
(voix du président américain)
La question est trop délicate
Faut consulter mes diplomates
En me grattant derrière la tête
La solution viendra peut-être
À l'école des sorcières Vous
voulez voir nos sorcières ? Elles sont ici ...
On apprend les mauvaises manières
D'abord ne jamais dire pardon
Être méchant et polisson
S'amuser de la peur des gens
Puis détester tous les enfants
À l'école des sorcières
On joue dehors dans les cimetières
D'abord à saute-crapaud
Ou bien au jeu des gros mots
Puis on s'habille de noir
Et l'on ne sort que le soir
À l'école des sorcières
On retient des formules entières
D'abord des mots très rigolos
Comme "chilbernique" et "carlingot"
Puis de vraies formules magiques
Et là il faut que l'on s'applique.
Jacqueline Moreau
La cuisine des sorcières
Après la série policière
Et deux ou trois publicités,
C’est Scarlatine et Maïté
Dans « La cuisine des Sorcières » !
On fait mijoter à feu doux :
Purée de chat, jus de grenouille,
Une cuillerée de chatouilles,
Un scorpion bien gras pour le goût.
Saupoudrer de pattes de mouche,
Rajouter une ou deux limaces,
Quelques croûtons, quelques grimaces,
Puis remuer avec la louche.
Manque à cette abomination :
Une pincée de larves tendres,
De la gelée de salamandre,
Un poulpe en décomposition.
Lier le tout au vitriol,
Assaisonner à l’arsenic,
Puis pronconcer les mots magiques,
Et voilà, remplissez vos fioles !
Yann Walcker
La soupe de la sorcière
Dans son chaudron la sorcière
Avait mis quatre vipères
Quatre crapauds pustuleux
Quatre poils de barbe-bleue
Quatre rats, quatre souris
Quatre cruches d’eau croupies
Pour donner un peu de goût
Elle ajouta quatre clous
Sur le feu pendant quatre heures
Ça chauffait dans la vapeur
Elle tourne sa tambouille
Et touille et touille et ratatouille
Quand on put passer à table
Hélas c’était immangeable
La sorcière par malheur
Avait oublié le beurre
Jacques CHARPENTREAU
Pour faire le portrait d'un oiseau Vous voulez lire nos poésies à la manière de J. Prévert ? C'est ici ...
Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger ...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau.
Jacques Prévert
Météorologie
L'oiseau vêtu de noir et vert
m'a apporté un papier vert
qui prévoit le temps qu'il va faire.
Le printemps a de belles manières.
L'oiseau vêtu de noir et de blond
m'a apporté un papier blond
qui fait bourdonner les frelons.
L'été sera brûlant et long.
L'oiseau vêtu de noir et et jaune
m'a apporté un papier jaune
qui sent la forêt en automne.
L'oiseau vêtu de noir et blanc
m'a apporté un flocon blanc.
L'oiseau du temps que m'apportera-t-il ?
Claude RoyL'oiseau bleu

Mon oiseau bleu a le ventre tout bleu
Sa tête est d'un vert mordoré
Il a une tache noire sous la gorge
Ses ailes sont bleues
avec des touffes de petites plumes jaune doré
Au bout de la queue il y a
des traces de vermillon
Son dos est zébré de noir et de vert
Il a le bec noir les pattes incarnat
et deux petits yeux de jais
Il adore faire trempette,
se nourrit de bananes et pousse
Un cri qui ressemble au sifflement
d'un tout petit jet de vapeur.
On le nomme le septicolore.
Blaise CendrarsÉcolier dans la lune
À l’école des nuages
On découvre des pays
Où nul n’est jamais parti
Pas même les enfants sages.
Le soleil avec la pluie
L’orage avec l’accalmie
La météorologie
Bouscule le temps
Les visages
Et les couleurs de nos cris
Dans la cour des éclaircies.
Les oiseaux n’ont pas d’histoires
Les arbres n’ont pas d’ennuis
À l’école des nuages
Aucun enfant n’est puni
Les rêves tournent les pages
Aucune leçon ne t’ennuie
C’est l’école des nuages
Elle t’ouvre sur la vie.
Alain Boudet
Un tableau noir et son triangle,
Les colchiques
Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s'empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là
Violatres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne
Les enfants de l'école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières
Qui battent comme les fleurs battent au vent dément
Le gardien du troupeau chante tout doucement
Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne
Guillaume Apollinaire

et il y a dans le pré une odeur de pommes trop mûres.